Emmanuel Fouchet « … un Rubik’s Cube humain, choisissez votre couleur ! »

Emmanuel Fouchet « … un Rubik’s Cube humain, choisissez votre couleur ! »

23 janvier 2020 0 Par sudo

Emmanuel Fouchet est l’actuel Team Manager de l’équipe de France féminine et Entraîneur Adjoint de l’équipe de France Féminine U17. De retour du tournoi de qualification Européen Wevza qui s’est déroulé du 7 au 11 janvier 2020 à Viana do Castello au Portugal, Block-Out est allé à sa rencontre. Il a gentiment accepté de répondre à nos questions, de se confier et de partager avec nous ses espoirs et ambitions sur nos équipes nationales féminines. Merci à lui.

Emmanuel Fouchet, tout d’abord merci d’avoir accepté de nous consacrer quelques minutes de ton temps pour répondre à nos questions. Peux-tu te présenter à nos lecteurs et nous faire un résumé de ton parcours et de tes fonctions passées et actuelles ?
Je m’appelle Emmanuel Fouchet, j’ai 51 ans, je suis marié et père de deux enfants de 21 et 18 ans, issu d’une famille de bénévoles associatifs, et bercé par un père qui fut entraineur de haut niveau en athlétisme. Ancien perchiste de niveau national jusqu’en cadet, je suis réellement tombé dans la marmite du volley à la fac après une première découverte à 14-15 ans et n’ai jamais évolué plus haut que la N3. Je suis professeur d’EPS certifié et j’ai exercé durant plus de 20 ans, tout en entrainant des équipes de volley de tous niveaux et de tous genres (et même de toutes confessions) depuis mes 18 ans. En club, dans le cadre des compétitions scolaires, en sélections départementales et régionales, je me suis forgé une expérience des divers publics tout au long de près de 35 années d’entrainement. En 2009, suite à l’accession de mon équipe d’Evreux en LAF, la LNV a imposé des contrats exclusifs aux entraineurs, fin de la parenthèse enseignement car il n’était pas envisageable pour moi de quitter en cours de route un projet qui avait vu l’équipe passer de la N3 en 1998 au plus haut niveau et dont j’étais la pierre angulaire. J’ai été récompensé de ce choix risqué puisque dès la première année nous avons obtenu la cinquième place de LAF et nous sommes qualifiés pour la coupe d’Europe. Un fait unique dans les annales de la LNV. 5 saisons, toutes conclues par une qualification en play-offs dont une qui nous amena encore sur la scène continentale, se sont succédées avant une fin de collaboration forcée avec le club de ma ville de naissance… Les histoires d’amour finissent mal en général… Heureusement dans le sport mais pas dans ma vie puisque j’ai la chance d’être accompagné depuis 30 ans bientôt par mon épouse, ancienne volleyeuse elle aussi. Ensuite direction Quimper pour moins de trois saisons, avec une remontée en LAF et une finale de Coupe de France… Mais là encore une rupture subie ! Fin de l’épisode entraineur professionnel.
Depuis 2017 j’entraine diverses équipes au club de Concarneau Volley qui m’a permis de me reconstruire et de continuer à pratiquer ma passion pourtant bien atteinte… J’ai eu au même moment l’opportunité d’intégrer le projet France Féminine Paris 2024 et de devenir membre du staff, en saisonnier, comme Team Manager. Et donc, depuis trois saisons, ma vie s’articule à nouveau autour de poteaux et filets, avec au quotidien l’entrainement de diverses équipes, genres et catégories d’âges à Concarneau, et en saison internationale j’enfile la tunique tricolore. Mes missions au bénéfice de l’équipe de France féminine se sont étendues depuis un an, puisque tout le travail de préparation de la saison de l’EdF A m’incombe désormais et que depuis cet hiver je suis également entraineur adjoint de Laurent Delacourt sur l’équipe nationale U17 féminine (jeunes filles nées en 2004 et 2005).

Peux-tu nous détailler en quoi consistent tes nouvelles reponsabilités au sein de la FFVolley ?
Je cumule actuellement deux fonctions :
Entraineur adjoint de l’équipe de France U17F : Je soulage le sélectionneur Laurent Delacourt de toute la partie organisation des stages, déplacements, équipements et compétitions de cette équipe qui lutte actuellement pour obtenir son billet pour le championnat d’Europe au Monténégro début août, mais aussi de la communication interne avec joueuses, parents et staffs et des relations avec l’institution fédérale. Sur le terrain, j’apporte mon regard et mon expérience dans l’animation des sessions d’entrainement, dans le suivi et la détection des talents et dans les choix sportifs concernant la sélection et lors des matchs nous nous partageons les secteurs de jeu afin de tenir compte des spécificités des adversaires et des potentialités de notre équipe et ainsi faire les bons choix tactiques. Nous avons été mis en place afin de relayer le travail et l’esprit qui accompagnent le projet France 2024 et notamment inculquer aux jeunes potentiels des notions fondamentales telles que compétitivité, éthique, volonté en insistant sur l’entraînement invisible et tout ce qui conditionne à terme la réussite d’une carrière de haut niveau dans un milieu archi-concurrentiel et exigeant physiquement et mentalement.
Manager de l’Equipe de France féminine : Dans cette position je suis en contact direct avec le chef de projet et sélectionneur national Emile Rousseaux et en liaison avec les élus fédéraux (le président Eric Tanguy et le chargé de mission Pierre Mercier) ainsi que la DTN Axelle Guiguet afin de développer le projet France 2024, d’optimiser les moyens mis en œuvre, de construire la saison internationale, trouver les occasions de confrontations et de travail commun avec les nations étrangères, effectuer le suivi des internationales, constituer les staffs, faciliter l’accompagnement médical et socioprofessionnel et être force de propositions dans le domaine technique lorsque l’on fait appel à mon avis. Je gère les relations entre l’EdF, la FFVolley, les Fédérations étrangères adverses et la CEV. Je suis en charge de la recherche de sites d’accueils et de l’implantation tant pour les compétitions que les stages et de la recherche de moyens d’accompagnement financiers pour ces événements. Je dois également planifier, bâtir, suivre et maitriser le budget alloué à notre Equipe de France mais aussi plus largement au secteur féminin dans sa composante équipes nationales. Je dois faire en sorte d’élargir le rayonnement de notre équipe au sein du territoire, tant par sa communication lors de ses divers séjours en région mais aussi et surtout en créant du lien avec le vivier local en permettant aux entraineurs locaux de s’immerger dans notre quotidien ou encore aux jeunes potentiels de la région de partager un moment sur le terrain avec leurs ainées et les cadres. Je suis également en charge de toute la partie logistique concernant les divers regroupements qui jalonnent la saison : transports, hébergements, équipements, formalités administratives, etc…

Tu étais donc présent en tant qu’Entraineur adjoint de l’équipe de France U17F au dernier tournoi WEVZA au Portugal. Quels enseignements avez-vous tiré de cette participation ?
Qu’il reste un long chemin et beaucoup de travail à fournir pour atteindre le haut niveau international et d’ores et déjà pour les accompagner jusqu’aux Championnats d’Europe.

Sur Block-Out, on a pu suivre et découvrir ces jeunes filles. Sont-elles prometteuses ?
Bien sûr ! Ces jeunes joueuses représentent l’avenir de notre discipline et le travail effectué par la détection nationale tend à ne pas passer à côté du moindre espoir. Après, je ne suis pas voyant extralucide… Déjà il faut se rendre compte que pour percer à très haut niveau il faut réunir beaucoup de conditions, mais aussi et surtout que la concurrence avec les autres nations (et donc pour elles dans le cas d’une future carrière professionnelle avec les joueuses issues de ces nations) est féroce. Une génération comme celle-ci qui a réalisé une très riche saison internationale l’an passé en U16 (2ème au WEVZA, vainqueure du TQCE sans abandonner de set, 8ème de l’Euro) peut constater sur le terrain aujourd’hui que personne ne l’attend ! Les autres travaillent et avancent ! Il n’y a qu’à regarder les résultats du début de campagne pour s’en convaincre…

Quel est le futur pour cette équipe de France U17F ?
Laborieux ! Nous repartons en stage pour une semaine dès le 17 février, accueillis par le club et la ville d’Halluin, avec deux confrontations contre l’équipe locale (leader de N2F) et Harnes (3ème d’Elite FA) car c’est le niveau minimum auquel il faudra prétendre pour que ces jeunes joueuses de 14 et 15 ans puissent envisager de se qualifier pour l’Euro. Mais plus important que ça, laborieux car ce qui compte par-dessus tout c’est qu’elles s’approprient le projet, les contraintes et les ingrédients à mettre au quotidien pour accéder à la haute performance et qu’elles le mettent en application dans leur vie, dans leurs clubs et dans leurs pôles au quotidien. Ensuite, mi-avril, il sera temps de se retrouver pour les deux semaines de préparation finale avant le TQCE, vraisemblablement à Rixheim. Et d’ici là nous connaitrons l’implantation et le nom de nos adversaires pour cette étape majeure de la saison et qui s’annonce très relevée.

Quels espoirs portez-vous pour cette jeune Equipe de France et sur ses joueuses ?
A court terme, qu’elles se qualifient pour un deuxième championnat d’Europe en deux ans, et la tâche est loin d’être évidente. A moyen terme, qu’elles s’imprègnent des conseils qu’elles peuvent recevoir de la part du staff médical, d’une grande dame du Volleyball comme Sacha Fomina qu’elles ont la chance de côtoyer lors de stages, de notre expérience de coachs à Laurent et moi-même, de ce qu’elles observent des équipes étrangères lors des regroupements et que tout ceci les inspire. A long terme, difficile à dire : nous ne présentons pas de stéréotypes physiques type « haut niveau » comme les Pays-Bas qui alignait un six majeur au WEVZA de 1m86 de moyenne à 15 ans ! Difficile à dire car elles n’évolueront pas de prime abord dans un championnat domestique comme Italiennes, Belges ou Allemandes qui fait la part belle aux autochtones et c’est un problème en soi dont il faudra bien s’occuper un jour ou l’autre.
Vous l’aurez compris, je ne souhaite pas mettre en avant telle ou telle joueuse en lui tressant par avance des lauriers. Par prudence sans doute car on ne peut prévoir ce que l’avenir leur réservera. Par respect du collectif bien-sûr, ma position d’entraineur me l’impose. Mais aussi et surtout par mémoire : combien de fois a-t-on entendu : « la future pépite », « le grand espoir » et que sais-je encore… Et où sont-elles ces pépites ? Alors restons mesurés, humbles et travaillons sans cesser d’être objectifs et ambitieux.

Quelles sont tes activités en tant que Team Manager de l’EDF féminine ?
Riches, complexes et variées comme décrites plus haut. Tantôt intendant, tantôt conseiller, superviseur, manager, défricheur… Un Rubik’s cube humain, choisissez votre couleur !

Quelles difficultés as-tu rencontré sur ce nouveau poste ?
Au départ, relancer un fonctionnement autour d’un poste qui n’existait plus depuis 5 ans. Il fallait convaincre tout d’abord de la cohérence du projet, de la pertinence du choix des personnes mises en place à commencer par la mienne et faire accepter à chacun de rentrer dans un processus collectif là où malheureusement le volleyball français avait plutôt tendance à fonctionner de manière isolée pour ne pas dire individualiste. Il me semble que tout ceci est rentré dans l’ordre et que le travail fourni par la Fédération, nos staffs et notre équipe est reconnu désormais par ceux qui ont fait l’effort de s’en approcher et de s’y intéresser comme étant cohérent, déterminé et pointu. Nous avons donc désormais plus de supports et d’acteurs positifs que de détracteurs il me semble. Néanmoins la structure même de notre activité fait qu’il demeure et demeurera encore longtemps une forme de conflit d’intérêts puisque le cœur de notre projet, la joueuse internationale, est placée au centre d’une convergence Fédération-Club employeur-Agent-Environnement personnel- Intérêts personnels de facteur d’influence qui peuvent être contradictoire. Ce qui permet de maintenir tous ces éléments en relation de façon constructive demeure la passion pour notre sport et la cohérence dans le respect de chaque partie, et c’est un exercice périlleux. Nous y parvenons presque à l’heure actuelle, même si notre politique de la main tendue a déjà été bafouée dans de rares cas heureusement.
Une difficulté persiste : le retard accumulé sur la scène internationale et les tendances ultralibérales de changement de fonctionnement des événements majeurs internationaux (ligues semi-fermées, resserrement de l’élite, nouveau ranking, modalités de qualifications aux compétitions), mais aussi la perception que les autres nations ont de notre équipe, tout ceci corrélé avec des moyens non extensibles ne nous permettent pas à l’heure actuelle de construire des situations de confrontations et d’échanges, sources de progression et d’inspiration, avec les grandes nations du volleyball féminin mondial. A ce titre, notre poule à l’EuroVolley  turc était une aubaine… Bien rare. L’avenir de notre équipe, du projet et de nos joueuses passera par de telles rencontres, nous y travaillons.

Quelles sont vos objectifs sur les prochaines échéances ?
Cette saison sera jalonnée par deux temps forts : l’European Golden League (entre mi-mai et mi-juin) et les Qualifications aux Championnats d’Europe 2021 (à cheval sur août et septembre).
Avec ce que j’ai dit plus haut, vous constatez que notre présence à l’Euro 2021 est une nécessité (condition nécessaire mais pas suffisante…), et notre été sera donc tourné vers cet objectif de qualification. Nous ignorons nos adversaires à l’heure actuelle mais une chose est sûre : compte tenu des 4 pays organisateurs qualifiés d’office, des 8 qualifiés au bénéfice de leurs résultats à l’Euro 2019 et de notre ranking actuel, il nous faudra certainement passer sur le corps d’un adversaire mieux classé pour se qualifier. Et pas question de revivre une période de carence de présence sur la scène européenne comme par le passé !
En ce qui concerne la Golden European League, il faut que tout le monde comprenne que cette compétition a changé de dimension. Elle représente le deuxième palier mondial pour les équipes européennes derrière la VNL et le SEUL moyen d’y accéder ! Gagner sa poule, être finaliste du Final 4 puis gagner la Challenger Cup sont les conditions à remplir pour accéder à la VNL, et donc se garantir des confrontations de haut niveau, cf la Team Yavbou. Quand votre poule comporte Hongrie, Biélorussie et Bulgarie, pas besoin de dessin pour savoir que nous devrons aborder cette épreuve bien préparés et au maximum de notre volonté pour tenter d’y performer… Et surtout de ne pas tomber dans les limbes de la Silver League !
Et bien entendu, autour de ces compétitions, nous allons encore répartir de nombreuses semaines de travail et un maximum de confrontations amicales à même de nous faire grandir. Par exemple, certaines joueuses reprendront sous la houlette du sélectionneur un module d’entrainement dès le 14 avril ! Là encore, il n’est qu’à entendre Barthélémy Chinenyeze le central des Bleus à la sortie du terrain à Berlin lors de ce magnifique TQO dire « c’est pour tout ça que nous n’avons eu qu’une semaine de vacances par an depuis trois ans » pour savoir quelle est la marche à suivre.

Comment analyses-tu l’arrivée d’Emile Rousseaux à la tête de l’EDF et les actions qu’il a mises en place ?
Vous voulez me faire virer ? Si je dis la vérité… 😉
Plus sérieusement, son arrivée correspond à une impulsion forte voulue par la FFVolley sur le développement de l’ensemble du secteur féminin, et c’est déjà un signe extrêmement positif qui s’est traduit dans les faits. Emile est le chef d’un projet ambitieux, le guide mis en place afin de restructurer la filière d’accès au haut niveau, changer certaines habitudes, casser des routines perdantes et amener un autre regard -d’expert- sur notre volley féminin français. Depuis sa prise de fonctions pas mal de choses changent même s’il reste du chemin à parcourir, un long chemin…
A titre personnel j’ai la chance d’avoir sa confiance, sans doute liée à une sensibilité commune issue de notre formation commune ou d’un âge pas si éloigné (même si en vérité il fait beaucoup plus vieux que moi) et d’un franc-parler reconnu.
Concrètement, il a replacé le projet commun au centre du débat, a augmenté le niveau d’exigence et les aspects qualitatifs et quantitatifs dans l’entrainement, a su par sa personnalité obtenir l’adhésion des joueuses mais a surtout remplacé le « dire » par le « faire ». Enfin, le temps nous dira si son action aura été une réussite, car ce projet par de loin, demeure encore un grand chantier et nécessite du temps pour voir ses fruits mûrir.

Un mot sur les futures échéances de notre EDF et comment nous nous y préparons ?
Je les ai déjà détaillées plus haut. Pour la préparation de la saison, nous suivons bien entendu les performances au quotidien des joueuses françaises, internationales actuelles ou joueuses en devenir. C’est en jouant, en ayant des responsabilités et en gagnant des compétitions avec leurs clubs que nos joueuses françaises passeront un cap, puisqu’il faut bien rappeler qu’elles travaillent 8 mois en club contre 3 mois en équipe nationale. Ensuite nous préparerons la EGL en regroupant dès le 14 avril les joueuses éliminées à l’issue de la saison régulière, avant une reprise collective le 2 mai, mais sans les finalistes des divers championnats, le but étant d’arriver à un niveau compétitif le 22 mai pour affronter des bonnes équipes d’un rang supérieur que sont nos adversaires de poule. En ce qui concerne les matchs qualificatifs pour l’Euro 2021, après une période de relâche pas encore définie (car dépendante de nos résultats en EGL) à cheval sur fin juin-début juillet, nous retrouverons le groupe environ 5 semaines avant le premier match de poule.

Tu as été pendant de nombreuses années un coach reconnu dans le volley français féminin avec un parcours remarquable comme tu l’as évoqué tout à l’heure. Peux-tu nous confier ton point de vue sur le championnat actuel ?
Là encore vous voulez que je me fasse de nouveaux amis ? Il est indéniable que l’absence de domination hégémonique d’une équipe rend la compétition plus indécise et plus intéressante : sur les 4 dernières saisons et les 8 titres distribués, il me semble que nous avons 6 vainqueurs différents, exact ? Cela garanti aux spectateurs un suspens, une incertitude… Et des cauchemars et des espoirs aux pronostiqueurs. Le niveau d’ensemble du championnat s’est donc resserré, à la fois avec une relative hausse du niveau plancher, mais aussi une baisse nette du niveau plafond des équipes. La densité physique des équipes a augmenté également, tout comme la pertinence et la stabilité des organisations bloc-défense. Par contre, désolé de le dire, mais il me semble que les niveaux de services, les savoir-faire individuels offensifs ainsi que les animations offensives des équipes ont chuté…en se masculinisant je trouve que le volley féminin a perdu une partie de sa saveur. Imaginez le paradoxe, j’ai pris plaisir à regarder hier les constructions offensives d’une équipe russe en Ligue des Champions !
Pour conclure, amenez vos amis profanes dans les salles, ils seront séduits par l’intensité du jeu, la dramaturgie des matchs et l’accessibilité des joueuses : c’est un beau spectacle !

On a pu constater que le niveau des équipes du championnat LAF s’était considérablement resserré et que l’hégémonie cannoise n’était plus de fait. Comment vois-tu l’évolution de ce championnat ? Son futur plus ou moins proche ?
Ayant déjà répondu en partie concernant l’incertitude de notre LAF juste avant, je vais tenter de développer mon point de vue quant au futur de notre compétition. C’est mon point de vue personnel, en aucun cas celui de la fédération, il peut sembler critique et dérangeant mais n’est pas dévoiler pour polémiquer.
Je pense qu’il faut vivre avec son temps et donc s’inspirer des modèles qui fonctionnent, mais aussi savoir conserver ses spécificités pour pouvoir s’inscrire dans la durée.
Vivre avec son temps ? L’époque est aux ligues fermées produisant un spectacle. Donner le temps aux clubs d’investir dans leurs conditions d’accueil, leur capacité d’animation, leurs infrastructures, leur politique de communication pour présenter un spectacle et des conditions de développement de leur projet économique sans avoir l’épée de Damoclès d’une relégation suspendue au-dessus de leur tête… c’est vital, pour éviter de remplir encore un peu plus le cimetière des éléphants du volley féminin français, déjà bien rempli de clubs fameux. Peu importe qu’on développe une marque comme le Volero, qu’on prophétise « The young ambition » à Mougins (amusant paradoxe au passage que de vendre un projet axé sur les françaises en le déclamant en anglais), qu’on restructure un club pour ne plus être le « Otis » du volley comme Chamalières, peu importe : si le projet est crédible, soutenu, construit et argumenté, on doit pouvoir avoir le temps de travailler, d’obtenir la livraison d’une nouvelle salle, d’aménager des locaux, de récolter les fruits de l’embauche d’un manager, etc… Pourquoi Nantes et Mulhouse semblent actuellement les sites les plus attractifs et les équipes les plus aptes à demeurer pérennes avec un haut niveau d’attractivité ? Parce qu’ils ont pris le temps de se structurer… Alors laissons le temps aux autres ! Proposons un championnat regroupant des territoires investis et des clubs porteurs de projets avec des garanties de présence dans le temps… Mais bien-sûr avec un contrôle rigoureux et régulier des indicateurs d’étape et des engagements pris… Sans compromission, sans pitié en cas de tromperie. Dès lors, on pourra également offrir au secteur sportif des clubs à la fois les conditions de travail adéquates à une performance de haut niveau : équipements adaptés (du sol au plafond…), staffs constitués avec des apports de compétences, capacité à travailler sur une durée connue et suffisante afin de former-développer-faire éclore des talents et de fabriquer une histoire, mais aussi pouvoir développer un style, une identité de jeu qui seraient soit la marque de fabrique d’un club, reconnaissable entre toutes, ou bien fidèle à la personnalité d’un territoire et de ses habitants ou tout simplement plus spectaculaire et propice à remplir les salles ou produire des highlights croustillants pour les réseaux sociaux.
Conserver ses spécificités ? Le sport de haut niveau en France a longtemps été tributaire de l’argent public, et notre sport n’étant pas le plus novateur il en dépend encore largement. Ce modèle de financement semble être suranné, néanmoins le désengagement des collectivités n’est pas seulement une fatalité. Que proposons-nous comme retour sur investissement, comme image, à nos financeurs ? Question brute : où sont les stars internationales ? Où sont les françaises ? Notre championnat n’est pas inintéressant comme dit plus tôt, mais exposons-nous ces deux composantes dans nos gymnases le week-end ? Allez-vous au match le samedi pour admirer Neymar, Wilkinson, Hansen, Lisa Leslie, ou Karabatic, Bastareaud ou Fourcade ? Je vous laisse répondre. S’inspirer des réussites hors frontière ou dans d’autres sports professionnels en France n’est pas une honte. Des championnats prestigieux, ultra-compétitifs et générateurs de recettes (tant pour les organisateurs que pour les acteurs) existent. Si, pour ne parler que de volley féminin, des championnats attractifs comme en Italie, Turquie, Russie, Corée, Japon arrivent à attirer des stars internationales tout en faisant la part belle aux joueuses locales, c’est qu’il existe un chemin ! Développer notre business model, communiquer sur nos réussites, mettre en place des règles-accords mutuels garantissant une plus-value (sportive ou économique) à ceux qui feront le choix de privilégier la présence de joueuses françaises sur le terrain font partie des pistes qui pourraient permettre à notre sport de progresser… Et à notre équipe nationale d’être plus compétitive.
Pour ce qui est du futur, je crains malheureusement que si aucune de ces voies n’était empruntée, nous ne sortirions pas de notre entre-soi, de nos gymnases de collège et de notre instabilité mortifère qui voit année après année clubs et projets s’effondrer. Et je ne parle là que du sommet de la pyramide et de son élite professionnelle.

Que penses-tu des joueuses françaises qui se sont mises en danger en quittant la France pour un championnat étranger ?
Qui s’est mis en danger ? Ce n’est pas « voyage en terre inconnue » ! Les joueuses professionnelles qui ont quitté le championnat de France sont conseillées et encadrées, contractualisées, rémunérées et protégées socialement. Je pense le plus grand bien de ces expériences sportives qu’elles découvrent. C’est d’ailleurs le discours du sélectionneur : non pas qu’il leur demande de fuir la compétition nationale, mais il les incite à se mettre en situation de responsabilité sur le terrain tout en évoluant dans des équipes qui chaque semaine se battent pour atteindre le haut du filet dans leurs compétitions locales. Si elles n’en ont pas la possibilité en France (cf mes remarques précédentes), alors le monde est grand ! Je pense également qu’elles auront la chance ainsi de grandir en tant que femmes en se confrontant à d’autres cultures, d’autres langues, d’autres méthodes, une autre adversité. Questionnez Christina Bauer à ce sujet. Chercher de la confiance en sortant de sa zone de confort, un vrai paradoxe mais une vraie démarche de compétitrice. J’approuve ! Dans tous les cas, l’avenir nous le dira mais il me semble qu’à ce jour les expériences vécues par Manon Bernard, Julie Oliveira Souza, Juliette Fidon, Clémence Garcia sont positives.

Un petit mot sur notre équipe de France masculine. Comment as-tu vécu la qualification des garçons pour les JO de Tokyo ?
En groupe, et c’était génial ! Nous étions au Portugal avec l’EdF U17F et avons suivi toutes les rencontres ensemble, au vidéoprojecteur devant la chaine l’Equipe, dans une ambiance survoltée… Et sans nos homologues allemands que nous avions invités pour la finale ! C’était vraiment de grands moments, comme sait en générer cette équipe depuis plusieurs années. Comme beaucoup avant le tournoi nous étions inquiets compte tenu des circonstances… Mais cette équipe a quelque chose d’unique et de monstrueusement commun : elle est humaine ! Impressionnante, parfois décevante, vecteur de joie et parfois agaçante, ils ne vous laissent jamais indifférents. Ce tournoi a été dans sa globalité une performance exceptionnelle : dans le niveau de performance atteint, dans la gestion de l’effectif et la maitrise des émotions, dans l’engagement et dans la solidarité… Ce qui nous a permis de mettre des images devant les mots clés que notre équipe U17F a décidé de graver sur son blason, solidarité et détermination ! Bravo à eux, tous, pour nous avoir fait rire et pleurer une fois de plus et nous faire continuer à rêver !
Sur un plan plus pragmatique, c’est aussi une forme de soulagement que cette qualification olympique quand on connait les modes de financement des équipes nationales intimement liés au label olympique et une confirmation du frémissement qui entoure notre sport avec ces diffusions sur la Chaine l’Equipe et celles du Championnat sur Sport en France. To be continued…

Et pour conclure cet entretien, quelle question aurais-tu aimé que nous te posions et que nous ne t’avons pas posée ?
C’est bien assez comme ça non ? A moins de chercher à savoir combien de vies a un passionné de volley et combien d’heures a une journée… En tout cas, longue vie à Block-Out, le phénix (les historiques comprendront) et vivez, vibrez volley !